Nouvelle-Calédonie: un 3e référendum paradoxal

Après la déconvenue de la décommande des sous-marins français par l’Australie, le gouvernement français paraît atteint d’un début de commencement de lucidité concernant la Nouvelle-Calédonie, véritable porte-avions occidental au bout de l’arc mélanésien, dernier rempart du Pacifique-Sud à l’expansionnisme chinois.

Il a donc décidé de maintenir le 3e référendum sur l’accession ou pas de la Nouvelle-Calédonie à l’indépendance au 12 décembre.

 

Date trop proche pour les indépendantistes.

Ils ont conscience qu’elle ne permet pas de faire oublier toutes leurs violences lors de leur assaut sur l’usine de nickel du sud, leur incapacité à former un gouvernement pendant des mois, leur inutilité  dans la gestion de la crise Covid-19.

Ils ont donc décidé de ne pas participer au scrutin.

Toutefois ne se sentant pas en position de force comme en 1984, ils ne parlent pas de boycott actif. Ils n’empêcheront pas son organisation, disent-ils. Mais, ne pouvant contrôler les jeunes, menacent-ils, il pourrait y avoir des débordements.

Charles Washetine du Palika (une des deux grandes composantes de la myriade indépendantiste avec l’Union calédonienne) a régalé les Calédoniens de sa prose de dernier Mohican de l’extrême-gauche sous le Tropique du Capricorne. Selon lui, « le gouvernement français a cédé à la pression de la droite locale, ainsi qu’à la poussée de la droite et de l’extrême droite nationales. » Ce maintien de la date du 12 décembre qualifié de coup de force, anéanti, ajoute-t-il, « les efforts engagés depuis 1988 ».

Les indépendantistes – sans doute sous le contrôle des gauchistes européens qui œuvrent à longueur d’année à leurs côtés – pensaient avoir trouvé un argument massue pour repousser le référendum : le deuil kanak après les morts mélanésiens de l’offensive Covid-19 en Nouvelle-Calédonie. « Que l’État ne prenne pas en compte l’importance du deuil, c’est ignorer la reconnaissance de l’identité kanake » écrit Washetine.

Ce deuil durant un an, les indépendantistes étaient confiants.

Hélas, pour l’instant, leur souhait ne se réalise pas. Paris collabore moins à leurs caprices que tous les gouvernements depuis 1981.

Alors le Palika de Paul Néaoutyine, Louis Mapou, Adolphe Digoué, Jean-Pierre Djaïwé et Charles Washetine durcit le ton.

Dans un communiqué, il «prend acte» de la décision de l’État d’organiser «en dépit du bon sens, dans le cadre d’un processus de décolonisation, un scrutin d’autodétermination sans le peuple colonisé»

Pour lui, cette décision «s’apparente à une véritable déclaration de guerre contre le peuple kanak et les citoyens progressistes du pays». Il annonce qu’il prend contact avec le FLNKS et les autres micros partis indépendantistes et les instances coutumières «pour définir ensemble une stratégie de riposte à la hauteur de l’insulte faite à notre peuple secoué par les deuils».

Enfin, le Palika clame qu’il «saisira l’instance internationale de décolonisation de l’ONU pour dénoncer l’absurdité d’une consultation d’autodétermination sans le peuple colonisé».

Ce troisième référendum illustre les antipodes, le monde à l’envers du Pacifique-Sud.

Après les deux premiers perdus par Kanaky – qui espérait gagner le troisième, le seul comptant vraiment – les indépendantistes ont exigé une troisième consultation inscrite dans le marbre des accords rédigés jadis par les socialistes.

La “décolonisation” lancé par l’accord de Nouméa de 1998, enfant diabolique de l’accord de Matignon de 1988, a abouti à des transferts massifs de souveraineté vers le gouvernement de Nouvelle-Calédonie et ceux des provinces, à une primauté des Kanaks sur la vie quotidienne de l’archipel, à une manipulation du vote des citoyens sans doute jamais vu à cette échelle dans une supposée démocratie (40 000 personnes sont privées de leur droit de vote).

En novembre 2018, le non s’est imposé par 56,7 %. En octobre 2020, le non gagnait avec une marge plus mince (53,3 %).

 

Dans l’autre camp, les Loyalistes, devant l’incertitude économique déclenchée par les deux premiers, ne voulaient pas du troisième. Aujourd’hui, ils applaudissent à sa tenue.

 

Nous sommes devant une situation paradoxale : le soir du 12 décembre, le résultat devait être serré. Désormais, il y a moins de suspense dans le résultat que dans la recette de l’œuf au plat.

Sauf si, au soir du 12 décembre, la guerre civile est réactivée en Nouvelle-Calédonie.

Le gouvernement se méfie. Des centaines de gendarmes débarquent. Des dizaines de véhicules blindés sortent des navires cargos.

Un autre phénomène: le manque de vigilance des Loyalistes qui pourraient, en pensant la victoire assurée, ne pas se rendre dans les bureaux de vote. Une faible participation déprécierait  complètement ce référendum.

 

Nous sommes à  moins d’un mois du 12 décembre mais je ne croirai au maintien du référendum et à la victoire des Loyalistes que le 13 décembre au matin. D’ici là…

Marcus Graven

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*