Un malaise bien français : l’inversion de culpabilisation

La joggeuse de 17 ans enlevée (ou pas, le fait que toutes les recherches des kidnappeurs aient cessé dans la région, accréditeraient la thèse d’un enlèvement imaginaire) et retrouvée dans un kebab de Sablé-sur-Sarthe, a permis à un général de gendarmerie, Jacques Morel, ancien patron de la section de recherche de Versailles, d’être l’allégorie d’un malaise bien français : celui de l’inversion de culpabilisation. La victime devient fautive et l’agresseur, un pauvre type soumis à la tentation.

Jacques Morel a déclaré le 9 novembre sur BFMTV qu’il fallait « rappeler aux jeunes filles et aux jeunes femmes qu’il devient un peu imprudent de courir toute seule en forêt. Même si ce sont des itinéraires que l’on connaît, les gens vous repèrent si vous passez là plusieurs fois par semaine, et ça peut donner l’idée à un détraqué de vous attendre sur votre parcours. Donc il faut absolument que la course, ça devienne une activité que l’on ne fait plus tout seul. Vous voyez bien que dans toutes ces histoires, ce ne sont jamais des hommes qui sont attaqués. »

Pas faux et presque de bon sens. Surtout quand on court avec des écouteurs sur les oreilles.

Mais ?

Comme le demandait, fin septembre, la mairie de Rézé en Loire-Atlantique, pour ne pas tenter les voleurs à l’arraché, il faudrait que les femmes évitent « de porter de façon visible [des colliers en or] sur l’espace public ». Cela, semblerait-il, détériorerait « le bien-vivre ensemble ».

Ailleurs, des maires – à Brest notamment – ont fait fermer des toilettes publiques parce que les femmes en y entrant réveillerait la libido d’étalons exotiques.

Demain, gendarmerie et police conseilleront sans doute de ne pas partir en vacances pour ne pas attirer les cambrioleurs, de ne plus sortir après la nuit tombée pour ne pas exciter la jeunesse extra européenne encapuchonnée, d’éviter les feux d’artifice du 14 juillet à Nice pour ne pas fournir un jeu de quilles humaines à un chauffeur poids lourd issu de la diversité, de ne pas prendre de billet pour un concert d’Heavy Metal au Bataclan car la musique est une offense aux oreilles des bons musulmans, de ne pas se rendre dans une église pour prier parce que la mosquée est seule légitime à accueillir une telle activité, de ne pas faire de cours d’instruction civique pour ne pas heurter la sensibilité des élèves originaires d’outre-Méditerranée, de ne plus porter des jupes courtes ou des shorts qui font frétiller les bons croyants, de se voiler la chevelure pour ne pas charger en électricité sexuelle le regard de certains…

C’est évidemment, une façon comme une autre de faire régner la sécurité dans notre pays.

Et si, au lieu de proférer ses conseils, Jacques Morel pensait plutôt à la reconquête de notre territoire.

Marcus Graven

 

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*