La France, démocratie défaillante: un euphémisme!

Selon le journal britannique The Economist, la France serait passée dans la catégorie des démocraties défaillantes.

Heureux d’apprendre que la France est encore une démocratie. Je la vois plutôt comme une démocrature ou moins gentiment comme une dictature sanitaire, voire une tyrannie orwellienne (l’absence de liberté, c’est la liberté, n’est-ce pas?).

Bien sûr, la Macronie qui englobe maintenant la quasi-totalité du monde politique, médiatique, intellectuel avance que les gens de mon acabit sont des idiots, des connards, des complotistes qui ne savent pas ce qu’est un régime d’oppression. Comme l’écrit Anne-Sophie Chazaud dans la revue Front Populaire, « Il est inutile de chercher à répondre aux petits macronnards qui vous expliquent en ricanant que “la dictature ce n’est pas ça”. D’abord parce que ces gens sont stupides et feignent de penser que tous les modèles de dictature sont enfermés dans le carcan des systèmes totalitaires des années 1930 auxquels ils ne manquent toutefois jamais de faire abondamment référence, dans leur fascination obsessionnelle pour la réductio ad hitlerum (qui leur a permis la conquête du pouvoir avec sa rhétorique à deux balles).

Nous sommes en 2021 et il est bien évident que la dictature peut désormais se déployer selon des schémas entièrement renouvelés, armés notamment par le soft power, les technologies numériques et les médias de masse aux airs faussement cool et pseudo-pluralistes. »

Peut-on appeler “démocratie”, un pays sans contrepouvoir, un pays où le Parlement ne sert plus à rien, où l’on perd son boulot parce qu’on n’est pas vacciné, où l’on refuse dans les lieux publiques (et ce jusqu’à l’hôpital) ceux qui n’ont pas un Ausweis sanitaire, où l’on ne tient pas compte du résultat d’un référendum, où l’on enferme la population chez elle, où l’on envoie les forces de l’ordre contrôler les citoyens dans les piscines et les restaurants, un pays sous état d’urgence permanent, un pays où un conseil de défense prend des décisions sans être jamais contrôlé ?

Démocratie défaillante ? The Economist a des pudeurs de dame patronnesse.

Edward Bernays (1891-1995), juif autrichien exilé aux États-Unis, neveu de Freud, enseignait que « la masse est incapable de juger correctement des affaires publiques et que les individus qui la composent sont inaptes à exercer le rôle de citoyen en puissance qu’une démocratie exige de chacun d’eux : bref, que le public, au fond, constitue pour la gouvernance de la société un obstacle à contourner et une menace à écarter. »

Son livre le plus célèbre : Propaganda.

Il y prône l’emploi de la propagande en démocratie, seul moyen pour qu’une minorité, l’élite, manipule la majorité.

Noam Chomsky a parfaitement résumé la pensée de Bernays : « La propagande est à l’État démocratique ce qu’est la matraque à l’État totalitaire. »

La Macronie utilise non seulement la propagande – le premier geste barrière est certainement de ne plus regarder la télévision – mais aussi la matraque. Un homme complet.

Pour travestir la démocratie (mot signifiant “pouvoir du peuple”), Walter Lippmann (1880-1974), intellectuel new yorkais issu de la très haute bourgeoisie juive, a théorisé la “fabrique du consentement” : « Grâce à la recherche psychologique et aux moyens de communication modernes, la démocratie a pris un tournant ». Comme Bernays, il se méfie de la majorité représentée par la populace. Il veut sauver la démocratie des mains des démocrates. Il faut que le peuple ait l’impression de gouverner en théorie mais en ayant en réalité aucun pouvoir. Qu’il soit un fantôme.

La démocratie doit se résumer à des accords entre hommes d’influence. Pour cela, ceux-ci déguisent leur opinion identique en partis politiques faisant semblant de s’opposer. Seule l’oligarchie est légitime à gouverner.

Le procédé à l’œuvre depuis des décennies, peut-être depuis Les Lumières, apparaît au grand jour en Macronie avec la crise Covid-19.

Un troisième homme, Harold Lassswell (1902-1978), père pasteur et mère enseignante, préconisait de soigner la démocratie à “l’aiguille hypodermique” (déjà !). Pour lui, les médias avaient pour mission d’injecter des idées et des attitudes dans le corps social comme le fait une seringue dans le corps humain. Là encore, Macron réussit à unir les deux : seringue BFMTV et seringue vaccin.

Lasswell écrivit qu’il ne fallait pas succomber aux « dogmatismes démocratiques selon lesquels les hommes seraient les meilleurs juges de leurs propres intérêts » car les meilleurs juges étaient les élites. Il a fortement contribué à vicier la démocratie en échafaudant l’utilisation de la propagande dans celle-ci pour que jamais le peuple ne parvienne à chambouler le pouvoir des élites.

Ces trois théoriciens [1] ont milité pour une démocratie limitée et très encadrée. Ils ont donné naissance au courant technocratique qui a pour but de confier le pouvoir a une oligarchie déterminée par sa compétence, à révolutionner l’art d’exercer la démocratie en extrayant le risque démocratique, en plaçant les affaires de l’État à l’abri de l’opinion.

Ce que Paul Valéry appela « l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde ».

Lorsque je lis que cette étude ne tient pas compte du degré de consentement des populations, que le haut niveau d’acceptation des mesures de confinement ne signifie pas «que les gens dévalorisent la liberté, mais qu’ils ont simplement jugé […] qu’éviter des décès catastrophiques justifiait une perte de liberté temporaire», je me dis que Chappmann a réussi sa mission. La fabrique du consentement est en plein boom.

« Le classement, dit The Economist, a sanctionné les pays qui ont retiré leurs libertés civiles, n’ont pas permis un contrôle adéquat des pouvoirs d’urgence ou ont refusé la liberté d’expression ». Il cite l’exemple de la France, où « des confinements sévères et des couvre-feux nationaux ont conduit à une légère mais significative diminution de son score global.»

Trop aimable.

Macron a amené la France dans un état bien pire que celui de démocratie totalement défaillante.

Il a réussi à fracturer définitivement la société.

Et ce ne sera pas pour le meilleur. Surtout pour lui, du moins je l’espère.

Marcus Graven

[1] Sur le sujet, lire l’excellent livre de David Colon, Propagande – La manipulation de masse dans le monde contemporain, Collection Champs histoire, Flammarion (2021)

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*