Corps sacré du monarque républicain ou cadavre de la Macronie en décomposition?

Macron s’est fait baffer durant un bain de foule de dix personnes contenues derrière des barrières métalliques.

Le chœur médiatique et politicard est aussitôt entré en action : c’est le corps sacré du monarque républicain qui a été giflé.

Un écartèlement de Damien T. en place de Grève ne leur semblerait pas trop cruel.

C’est en 1957 que parut Les deux corps du roi d’Ernst Kantorowicz.

L’auteur y analysait les fondations métaphysiques de l’État moderne. Il y montrait que la matrice idéologique de l’État prend source dans “la théologie politique” médiévale qui pensait le royaume comme un corps mystique dont le corps du roi était la tête. Le roi possédait un corps terrestre mortel et un corps politique immortel. Cette idée des deux corps renvoyait à Jésus qui était à la fois homme et Dieu. Le roi était « humain par nature et divin par grâce ».

Après avoir supprimé la royauté, la République s’est pensée à son tour à travers la théorie des deux corps. Le corps mystique devenant la Patrie, l’amour sacré de celle-ci, Marianne le représentant, le drapeau le symbolisant. Le corps terrestre étant le peuple des citoyens.

Dans les démocraties modernes où chacun se définit non par rapport à quelque chose de plus grand que lui mais uniquement par rapport à lui-même, où chaque politicard prétend “faire de la politique autrement”, la crainte de Jean Bodin (XVIesiècle) se concrétise : « chacun se fait petit roi » atomisant ainsi les forces du corps global.

 

On parle certes de monarque républicain, mais celui-ci est toujours provisoire. Pis ce monarque sait de moins en moins se tenir et respecter sa fonction.

Macron en est l’exemple peut-être terminal.

 

Il n’a pas compris, contrairement à l’apparence des premiers mois du quinquennat, que le peuple ressent naturellement que l’exercice du pouvoir demande de la solennité, du maintien, que, comme l’écrivit Machiavel, « le roi ne peut pâtir vergogne ».

De Gaulle et Mitterrand l’avaient saisi. De Chirac à Macron, la majesté du pouvoir n’a cessé de se détériorer. Aucun homme politique ne désire plus renvoyer une image digne de lui-même au peuple. Les politicards se veulent comme chacun. Et à ce titre, comme chacun, ils peuvent prendre une gifle dans la rue.

 

Cette claque dans la gueule d’un Président est la démonstration par l’exemple qu’il n’y a plus de corps sacré du monarque républicain, plus de corps politique capable de se faire respecter mais surtout ayant un comportement digne de respect. Ce que Hegel appelait « l’Esprit d’un peuple » nécessite un corps et dans la France de 2021 nous n’avons plus qu’un cadavre qui se croit encore vivant.

 

Cette baffe, contrairement à ce que pleurniche sur commande Marlène Schiappa : « Quand le président de la République est agressé, c’est chaque Français qui reçoit un coup », c’est plutôt la satisfaction de beaucoup de Français d’avoir souffleté un fat arrogant.

Ils le giflent au nom des Gilets jaunes massacrés pendant des mois ; pour l’enlacement amoureux de deux jeunes crapules à Saint-Martin ; pour le concert sur les marches du palais de l’Élysée lors de la fête de la Musique (DJ Kiddy Smile et son t-shirt “Fils d’immigré, noir et pédé”, les annonces de “suceur de bites » et les demandes “lèche-moi les boules”); pour l’affaire Benalla avec « le seul responsable c’est moi (…). Qu’ils viennent me chercher ! » et « ce n’est pas mon amant » ; pour le renvoi du général de Villiers ; pour la déclaration lors de l’inauguration de la station F (« Une gare, c’est un lieu où l’on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien ») ; pour les propos depuis la Grèce sur les fainéants français ; pour ceux depuis le Danemark sur « le Gaulois réfractaire au changement » ; pour ceux faisant de la colonisation en Algérie un crime contre l’humanité (« Nous devons présenter nos excuses à celles et ceux qui ont subi la barbarie ») ; pour l’apostrophe à un jeune ouvrier horticole ne trouvant pas d’emploi (« Vous allez à Montparnasse, vous faites une rue avec tous les cafés et restaurants, franchement, je suis sûr qu’il y en un sur deux qui recrute en ce moment ») ; pour les paroles sur « le pognon de dingue » mis sur les minima sociaux alors que l’ex-madame Trogneux faisait à l’Élysée des dépenses somptuaires (500 000 € de renouvellement de vaisselle) ; pour la remarque en Corrèze sur certains qui « au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas (…), pas loin de chez eux » (deux heures de mauvaise route) ; pour le dédain des gens qui ne comprennent rien à l’écologie (« ce que les gens comprennent c’est leur problème de chaudière ») ; pour la gestion calamiteuse du virus chinois (« La France n’a jamais été en rupture de masques ») ; pour la provocation « il n’y a pas de culture française »; pour la nomination de Yassine Bellatar comme conseiller sur les banlieues…

À énumérer les comportements et les paroles du corps sacré macronien, on constate surtout que c’est le corps d’un sacré con récompensé pour l’ensemble de son œuvre. Un mec qui ne mérite pas mieux qu’une tape sur la joue alors que de Gaulle était devant les fusils-mitrailleurs au Petit-Clamart. C’est aussi ça, la dégradation de la fonction présidentielle.

Marcus Graven

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