Le rire du Kanak

La Nouvelle-Calédonie stagne dans son jus préréférendaire. Les indépendantistes refusent de se rendre à Paris pour discuter du 3e référendum (trois référendums en quatre ans avec la même question). Quelques chefs des voyous kanakystes qui ont ravagé l’usine de nickel du sud sont en garde à vue. Harold Martin, un des rares loyalistes courageux qui s’est opposé au coup de force des petits soldats de l’IKS (Indépendance “Kanaille” Socialiste) est entendu par un juge.

Et le sénateur Pierre Frogier – héritier fin de race de Jacques Lafleur et homme qui a fait monter le drapeau cannabisé des indépendantistes au même niveau que le drapeau français au fronton des édifices publics – vient de découvrir ce que nous clamons depuis trente ans : les accords de Matignon et de Nouméa avec la mafia indépendantiste sont des entourloupes.

« Voici 30 ans, la Nouvelle-Calédonie s’engageait dans un processus exemplaire allant de la signature des Accords de Matignon à celle de l’Accord de Nouméa. Ce processus, fragile par nature, avait besoin de respect et de sérénité. 30 ans plus tard, le choix de la réconciliation, la reconnaissance de l’autre, les concessions réciproques, la recherche du consensus, le partage des responsabilités et tout ce qui fondait cette exemplaire exception calédonienne, semblent perdus. » Quelle lucidité !

Pierre Frogier refuse de reconnaître qu’il a été baladé par les indépendantistes et leurs conseillers gracieusement fournis par Paris en 1988 et 1998.

Dans la réalité, le mythe bâtisseur – la poignée de main entre Lafleur et Tjibaou – n’a vécu que le temps d’une belle image de propagande.

Ensuite, ce fut un interminable chemin de croix pour les Loyalistes. Pendant trente ans, ils ont subi les revendications kanakes sans jamais rien opposer de solide. Chaque fois, ce fut le même processus : les Kanaks acceptaient de donner l’heure à condition que les Loyalistes leur offrent leurs montres. Ils ont ainsi fait monter les enchères à chaque consultation ; de telle sorte que d’accord en accord, les Indépendantistes ont gravi toutes les marches vers leur but final : l’Indépendance Kanake Socialiste, tandis que les Loyalistes se satisfaisaient du marché de dupes. Au moins, au retour de Munich, Daladier avait conscience de s’être fait rouler dans la farine par Hitler. Les “chefs” loyalistes, stupides ou paresseux, jamais.

Lafleur, Frogier et leurs thuriféraires ne se sont jamais dressés contre les dispositions irréversibles des accords. En 1998, l’Accord de Nouméa n’a pas été signé pour que la Nouvelle-Calédonie devienne “Terre de parole, terre de partage” comme l’a longtemps clamé la propagande, mais pour qu’en 20 ans, l’indépendance soit l’unique débouché. Et ce, au mépris de la démocratie la plus basique : corps électoral glissant, puis gel du corps électoral. Je me souviens avoir entendu de la part des politicards loyalistes que seulement quelques personnes seraient privées du droit de vote. Aujourd’hui, ils sont 40 000 à regarder de loin les urnes référendaires en forme d’urnes funéraires pour leur avenir.

L’Accord de Nouméa restera un exemple de la faillite d’une majorité opposée à l‘Indépendance (70 % de la population calédonienne) car mal dirigée par des hommes qui n’ont pas voulu analyser la violence du nationalisme kanak. Ne comprenant rien aux mécanismes idéologiques du kanakysme, acceptant d’emblée tous les concepts de la revendication kanake (“premier occupant”, droit exclusif à la terre, unique “peuple” alors que les autres habitants ne sont que des “communautés”), privilégiant toujours le volet de la réussite économique aux capacités prétendument intégrationnistes, ils ont abandonné les leviers de la souveraineté à la minorité agissante. Ils ont accepté de s’affaiblir, de s’anémier, au nom d’un accord dont ils ont été volontairement les dupes.

Et voilà qu’aujourd’hui, eux qui, jadis, étaient en position de négocier et d’imposer leur volonté parce qu’ils étaient forts, prétendent trouver un nouvel accord alors qu’ils sont faibles, avortons politiques perdus dans les limbes du Pacifique.

Pierre Frogier fait un constat d’une banalité consternante : « Il y a deux “Calédonie”, l’une majoritairement de statut de droit commun, l’autre majoritairement de statut coutumier qui se côtoient mais qui ne se projettent pas de la même manière dans l’avenir. Il faut permettre à ces « Calédonie » – tout simplement parce que les électeurs l’ont manifesté – de suivre leur propre chemin. »

Foutaise d’un nain intellectuel : les deux “Calédonie” ne suivront pas leur propre chemin, d’abord parce que les Kanaks n’accepteront jamais qu’une partie de la Calédonie puisse leur échapper, ensuite parce qu’ils connaissent la faiblesse du camp adverse, sa propension à toujours céder à leur volonté.

« Ce que nous avions imaginé il y a vingt ans est dépassé. Le vivre-ensemble, le métissage culturel se sont heurtés au clivage identitaire », dit Pierre Frogier après des décennies de langue de bois. Trop tard.

Le clivage identitaire est directement consécutif à l’Accord de Nouméa qui a créé un “peuple kanak” doté de droits particuliers tandis que les autres identités locales étaient contenues dans un statut inférieur. En Nouvelle-Calédonie, grâce à Pierre Frogier, il n’y a qu’un seul peuple, le peuple kanak ; qu’une seule terre, la terre kanake ; qu’une seule culture, la “kulture” kanake. Dans le quotidien, un suprémacisme kanak revendiqué par les intéressés, entendu par les politiques, inscrit dans les accords et dans la Constitution française.

Ce suprémacisme a produit le pire dans le quotidien des Calédoniens. Une insécurité physique et mentale qui n’est pas un sentiment.

Pierre Frogier voudrait qu’après deux accords, les politicards négocient un désaccord. J’entends le rire du Kanak comme jadis Roger Holeindre nous fit entendre le rire du cosaque. Le Kanak a depuis longtemps pris la mesure de la lâcheté et de l’aveuglement de son adversaire.

Une hyperprovincialisation, une fédération calédonienne construite à partir des provinces, « une Calédonie multiple mais indivisible dans la France. (…) L’État continuera à assurer les compétences régaliennes : défense, justice, ordre public, monnaie, affaires étrangères. »

Le rire du Kanak redouble.

Un salmigondis de propositions suit : création d’un collège où siégeront les représentants de l’État et des provinces, collège qui gouvernera l’archipel ; rédaction d’une charte, texte juridique qui se conformera non au droit français ni aux valeurs de la République mais à un ensemble de valeurs concernant les personnes, la famille, les rapports entre les personnes et leurs rapports au groupe social. Un méli-mélo entre identités et appartenance politique, entre la coutume et le droit, entre les entreprises et l’emploi réservé. Un très mauvais présage en termes de libertés.

Les Kanaks en votant par deux fois à plus de 85 % pour l’indépendance montrent clairement qu’ils ne veulent plus être français et ne plus avoir à entretenir des relations avec les autres ethnies peuplant le Territoire (mis à part celle de maître à esclave).

C’est l’unique réalité.

Le projet Frogier sera probablement balayé d’un revers de main par les Indépendantistes dont la revendication est globale, totale, exclusive. Il a également peu de chance d’être soutenu par l’État.

Par contre, je crains qu’il ne permette encore une fois aux Calédoniens de garder les yeux grands fermés. La base loyaliste, soumise et peu combative, pourrait s’y rallier comme elle l’a fait en 1998 pour l’Accord de Nouméa.

Le refus de plonger son regard dans l’abîme de peur que l’abîme ne regarde en elle.

Marcus Graven

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