“De la démocratie en Pandémie”, le diagnostic de Barbara Stiegler

Né de conversations avec des collègues, des chercheurs, des enseignants, des étudiants, Barbara Stiegler vient de publier De la démocratie en Pandémie.

Pandémie étant le nom de notre continent et surtout de notre pays.

Cet opuscule au texte précis, concis, paru dans la collection Tracts de Gallimard, retrace l’histoire de l’année 2020, confinement, déconfinement, reconfinement et donne un état des lieux de notre pays. La rapidité avec laquelle la démocratie a été balayée, le délabrement du système hospitalier et celui de la population sont au menu de cet ouvrage d’une cinquantaine de pages.

Quatre chapitres, trois avec un passage de L’Étrange défaite de Marc Bloch et un avec quelques lignes de La langue du IIIe Reich de Victor Klemperer en épigramme.

Évidemment, il y a dans ce choix, la couleur donnée à l’analyse de la situation par l’auteur.

Étrange défaite de la démocratie, des penseurs qui ont vu le danger mais, par peur, lâcheté, n’ont pas osé parler et création d’un nouveau lexique, des mots nouveaux qui aujourd’hui empoisonnent nos existences, font que nous sommes occupés de l’intérieur.

L’épidémie n’est pas un simple épisode de notre histoire mais le résultat de l’absence de stratégie des gouvernements et particulièrement du nôtre. Pour pallier le manque de masques, de tests, etc. Macron a fait le choix d’incriminer les citoyens, et non sa politique néolibérale,  dans le désastre français. L’absence de masques et de lits dans les hôpitaux, la disette financière imposée à l’hôpital et à la recherche – politique des gouvernements successifs – a abouti à la répression du peuple par l’enfermement.

La mise en parenthèse de la démocratie – et la parenthèse risque d’être interminable – grâce à la pandémie ne résulte pas d’un complot. Mais d’une trouille des responsables politiques parce qu’ils n’avaient jamais pris la peine d’élaborer une stratégie pour faire face à l’arrivée d’un virus comme celui de Wuhan.

Alors, ils ont réagi à l’emporte-pièce. Mesures coercitives que le pays n’avait pas connues depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Pas de complot, mais un entêtement dans le programme de la mondialisation.

Le premier est sans doute celui de laisser les frontières ouvertes. Au moment où les Français ne pouvaient sortir plus d’une heure de chez eux et ce, dans un rayon d’un kilomètre, les migrants illégaux et l’oligarchie continuaient de voyager et de franchir les frontières.

Malgré la profusion d’organismes censés veiller à la santé de la population, a été créé le Conseil scientifique et le Conseil de défense est devenu Conseil de défense sanitaire. Deux cellules hors du contrôle démocratique.

D’ailleurs, en Pandémie, ladite démocratie, pour le président de la Ligue contre le cancer, est le problème et non la solution, une survivance dangereuse à laquelle il faudrait se préparer à renoncer. Surtout si des voix, même ténues, s’élèvent contre la gestion gouvernementale du coronavirus. La dictature chinoise est l’exemple à suivre. « Le pays qui, depuis des années, a laissé se multiplier de nouveaux virus sur les marchés humides, qui prétend régler les questions sanitaires en industrialisant les élevages agricoles, qui vient de laisser le dernier virus en date se propager dans le monde entier, qui a liquidé ses lanceurs d’alerte à Wuhan, qui a dissimulé à l’OMS des milliers de morts et qui, avec le modèle du confinement, a détruit la vie de millions d’individus ainsi que leur santé mentale et physique, se voit ainsi, sur France Culture, cité en exemple pour sa gestion de la crise et son sens de la santé publique, sans que personne sur le plateau ne s’en émeuve », écrit Barbara Stiegler.

Infantilisation de la population, transformation des citoyens en moutons surveillés par les chiens de berger. Chaque écart (apéritif avec les voisins, promenade au bord de mer…) est considéré comme un acte d’indiscipline. Partition du quotidien entre activités “essentielles” (boulot, métro, conso) et “inessentiels” (se réunir en famille ou entre amis, se marier, enterrer ses morts).

Rien n’obéit à un plan préalable, mais il y a une logique d’aubaine pour le gouvernement.

Contrairement au libéralisme, le néolibéralisme prétend que l’espèce humaine est incapable de choix rationnels. Il faut donc, avec l’aide de l’industrie médiatique, fabriquer chez elle du consentement. Le nudge (coup de pouce), méthode pour changer les comportements en douceur a été utilisé.

Il passe par l’imposition d’un nouveau vocabulaire : “distanciation sociale” (alors qu’il s’agissait de distanciation physique), “cluster”, “gestes barrières”, “distanciel”, “présentiel”, “covido-sceptiques”, “plages dynamiques”, “attestations de déplacement dérogatoire”… La valorisation d’un prétendu “sens civique” est le nid de nombreuses délations. Chacun traque chez son voisin un relâchement coupable.

La jeunesse est particulièrement visée.

Ce lexique nouveau contribue à l’’inversion des responsabilités. Le gouvernement n’est pour rien dans le fiasco du contrôle de l’épidémie, le dêmos (le peuple) est seul responsable. Il faut donc le contrôler et surtout qu’il consente à ce contrôle.

Remarquons qu’aucun parti politique, aucun syndicat, ne discute réellement les décisions sanitaires du gouvernement ni ne se dresse devant la fin de nos libertés héritées des Lumières. La santé n’est plus en France un sujet de discussion rationnelle. C’est un acte de foi.

Notamment en ce qui concerne les vaccins. Peu importe que, court-circuitant les pratiques scientifiques en vigueur (contrôles des publications par des organismes indépendants), Pfizer et Moderna vendent leur produit comme le bonimenteur lance une promesse.

Aujourd’hui, le gouvernement montre du doigt ceux, qu’hier, il nous demandait d’applaudir : les soignants. Motif : ils osent réfléchir à la politique vaccinale. Après en avoir fait des héros, voici que l’on dénonce leur manque “d’équipement intellectuel”.

Barbara Stiegler termine son livre sur une note d’optimisme. Elle veut croire qu’en Pandémie, nous pouvons nous unir, constituer des réseaux de résistance, nous mobiliser pour rétablir la démocratie.

J’ai quelques doutes.

Reste que De la démocratie en Pandémie est un opuscule à lire et à garder dans sa bibliothèque. Il est un des plus fins diagnostics de notre époque que j’ai eu l’occasion de lire.

Marcus Graven

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