40 000 Français privés de vote : les Kanaks pour l’apartheid en Nouvelle-Calédonie

Plus de 10 000 personnes ont manifesté samedi 17 octobre à Nouméa devant le Haussariat pour le dégel du corps électoral. Sébastien Lecornu, ministre des Outre-Mer, confiné dans la résidence depuis une semaine – quatorzaine virus chinois oblige -, les a certainement entendues. De là à ce que ces 40 000 Français du bout du monde, privés du droit de vote depuis plus de 25 ans, soient écoutés par l’État, il y a un abysse que nous ne franchirons pas.

Aucun reportage sur cette manifestation sur les télévisions nationales. Le pays qui se targue d’être celui des droits de l’homme se fout totalement de ceux de milliers de ses ressortissants. Ce qui est indigne et guère surprenant de la part d’une France qui donne le droit de vote aux étrangers naturalisés mais le refuse aux Français sur le sol du territoire national néo-calédonien.

Là-bas, des Calédoniens de souche qui ont passé quelques années hors de l’archipel comme d’autres arrivés bébés et ayant aujourd’hui plus de 25 ans, des hommes et des femmes qui ont enrichi la Grande Terre de leurs savoirs (et de leurs impôts) regardent passer les référendums et les élections territoriales sans avoir la possibilité de glisser un bulletin dans l’urne.

Le slogan « On veut voter ! » et la Marseillaise ont retenti tout au long de la matinée.

Lecornu s’est-il bouché les oreilles ?

Comme d’habitude, un cahier de doléances a été remis au haut-commissaire Laurent Prévost, l’homme qui n’a pas su assurer un bon déroulement du deuxième référendum. Des dizaines et des dizaines de photos, de films, de témoignages attestent de la pression des militants de Kanaky devant et dans les bureaux de vote. Ce qui n’a pas troublé la commission de contrôle qui s’est donné un bel autosatisfecit.

Les Kanaks, par les voix de Daniel Goa et Victor Tutugoro, sont aussitôt montés au créneau.

Le premier menaçant la paix s’il n’y a pas l’indépendance, l’autre décrivant la manifestation comme une agression contre Kanaky.

Les indépendantistes déclencheront le troisième référendum dès qu’ils le pourront, c’est-à-dire en avril 21.

Ils sont très heureux de la situation d’apartheid que les Accords de Nouméa ont instaurée.

À l’extrême sud de l’Afrique, quand les Européens créèrent la colonie du Cap, c’était un désert humain.

C’est plus tard, quand les Boers, s’écartant des colonisateurs britanniques, montèrent vers le nord, qu’ils rencontrèrent les Xhosa et les Zoulous, ces tribus poussant vers le sud du continent pour le coloniser. Après une bataille meurtrière, la frontière blanche de ce qui allait devenir l’Afrique du Sud fut fixée.

Mais au fil des années et du besoin en main-d’œuvre, les Noirs devinrent majoritaires.

Devant le danger d’une prise du pouvoir par ceux-ci, en 1948, une politique d’apartheid (le mot provient du français “à part”) fut mise en place.

Après des années de boycott, de sanctions, le droit de vote pour tous amena Mandela à régner sur le pays. On sait aujourd’hui à quoi sont réduits ceux qui le créèrent : mendier dans les rues de Jo’burg, être assassinés dans leur ferme.

La revendication du dégel du corps électoral comme ce fut le cas en Afrique du Sud est combattu par les Kanaks qui, ironiquement, se retrouvent dans la position des Blancs sud-africains avant l’arrivée d’un Noir à la présidence du pays.

La manifestation Un cœur, une voix n’est pas une agression contre les Kanaks comme le prétend le vociférant Tutugora, mais une demande légitime de la fin de l’apartheid en Nouvelle-Calédonie.

Nous sommes sans illusion.

Les lâches qui nous gouvernent le justifient depuis longtemps car instauré au bénéfice du prétendu premier occupant pour asseoir sa domination.

Si les Français de Nouvelle-Calédonie ne veulent pas voir ruiner leurs vies dans quelques mois, ils doivent combattre avec d’autres armes que les manifestations et les cahiers de doléances.

Le moment est peut-être venu de faire en Province-Sud un référendum sur l’indépendance de cette province, un référendum où tous les habitants installés depuis plus de cinq ans auront le droit de vote.

Si le OUI l’emporte, Paris refusera cette nouvelle donne. Évidemment.

L’armée française sera dans les rues de Nouméa. Évidemment.

Mais qui osera tirer sur qui ?

Mes amis me disent que les politicards loyalistes sont des soliveaux, qu’ils n’oseront jamais.

Pourtant une femme – comme on en trouve en Amérique du Sud ou en Asie – prenant la tête de cette demande d’indépendance séparée avec une Province-Sud rebaptisée République de Nouvelle-Calédonie, ça aurait de la gueule.

Marcus Graven

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